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Un portrait sur mesure

ARCHI HUMAINE

Architecte d’intérieur et designer, Mélanie Lallemand Flucher se définit comme une professionnelle multifacette. A l’aise pour se confronter à toutes les architectures et toutes les dimensions, elle place l’être humain et l’environnement au cœur de son travail.
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Il est des lieux dans Paris, cachés ou insolites, aux volumes et à la lumière magiques que l’on souhaite à tout prix revisiter. Au cœur de l’élégant 7e arrondissement, la galerie commerçante du 69 rue du Bac, fait partie de ceux-là. C’est ici que nous donne rendez-vous Mélanie Lallemand Flucher, devant le magasin de fleurs au style raffiné et épuré. Cette architecte de 45 ans aime revenir dans ce passage où elle a imaginé, conçu et agencé les espaces de la galerie : les bureaux et boutiques éphémères Les ateliers du Bac et le fleuriste le 69 Bac. Sous l’étonnante verrière elle promène sa silhouette élancée, avec un grand sourire, et la satisfaction de l’ouvrage accompli.

Avec une voix douce et limpide, Mélanie Lallemand Flucher se présente : « Je suis architecte d’intérieur et designer, parisienne et multifacette ». Elle insiste sur son attachement à « dépasser les limites de l’agencement. ». Il s’agit de se confronter à toutes les architectures et toutes les dimensions : architecture, architecture intérieure, agencements extérieurs paysagers et design. « Mon travail porte sur la réflexion et le contexte de chaque projet pour définir le cadre et aller au-delà des modes éphémères », résume-t-elle.

Entre architecture et stylisme

Son goût du dessin, de la peinture et de l’agencement d’espaces remonte à ses plus jeunes années. « Petite, j’adorais profiter d’un Paris by night en voiture pour observer l’intérieur des appartements éclairés », raconte-t-elle. L’imagination débordante lui faisait entrevoir l’agencement des pièces. Sur le chemin de l’école, la collégienne s’arrêtait devant un terrain abandonné et se représentait un client désireux de faire construire sa maison. Adolescente, entre 14 et 17 ans, son cœur et sa tête hésitent entre architecture et stylisme. Entrée en prépa artistique, elle intègre ensuite l’Institut supérieur des arts appliqués à Paris (LISAA) pour obtenir son diplôme en 1996 avec mention très bien et félicitations du jury. L’étudiante est pleinement dans son élément, son orientation est toute tracée vers le métier d’architecte d’intérieur et de designer.

Le début de sa carrière professionnelle est jalonné d’expériences au sein de grandes agences, toutes aussi enrichissantes les unes que les autres. Dans la première, de l’architecte Claude Vasconi, considérée comme sa « deuxième famille », l’apprentie au premier art s’initie à toute l’exigence que réclame le métier. Le monde du luxe vient ensuite à elle. Son travail dans l’agence RDAI de Réna Dumas lui permet de réaliser les boutiques Hermès et Charles Jourdan. Dans la troisième agence, Mélanie Lallemand Flucher collabore avec l’équipe de Patrick Jouin qui fait appel à elle pour son premier projet d’hôtel. La jeune architecte découvre grâce à lui le chemin vers «une création débridée.» « Ces trois agences m’ont formée à l’exigence du travail bien fait et à la posture du créateur en perpétuel renouveau face à chaque projet », explique-t-elle.

Capacité d’émerveillement

De ce professionnalisme, est né un grand souci du détail : «J’essaye de trouver la richesse en chaque chose et le détail qui va faire la différence.» Cette pratique la pousse toujours à garder intacte sa capacité d’émerveillement. Ce sont aussi les départs vers des destinations à travers le monde qui la passionne et l’émerveille. D’ailleurs, si elle avait pu faire un autre métier, ce serait : « exploratrice dans des contrées lointaines », confie l’architecte-designer. Aux contacts d’environnements, de cultures et de gens différents, les voyages sont un formidable atout l’aidant dans la vie professionnelle à anticiper les besoins des clients.

La dimension humaine est au cœur de son exercice. Pour elle, l’architecture sert à la fois l’être humain et l’environnement. Priment le respect d’échelle, de matériaux par rapport à l’environnement, l’interaction des volumes avec la lumière naturelle, et l’utilisation de la couleur pour procurer du bien-être. « J’intègre l’architecture dans un tout, je pars du sujet, de l’être humain, ce qui me permet de travailler sur tous types de programmes », précise Mélanie Lallemand Flucher. Quel que soit son projet – appartement, bureau, boutique, hôtel, restaurant – l’essentiel est d’accompagner le client « ici et maintenant, à moyen et à long terme ». Etre pleinement à son écoute pour comprendre ses usages, anticiper ses besoins et s’adapter aux évolutions futures.

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Son port d’attache : les Studios Singuliers à Paris

C’est dans ce contexte permanent de dialogue et d’échanges que travaille l’architecte-designer. Tour à tour en agence, puis entrepreneur, elle exerce actuellement à son compte en collaboration avec des indépendants. Son port d’attache : les Studios Singuliers, dans le 18e arrondissement de Paris. Dans cet espace de coworking, elle aime mener ses projets en transversalité, avec d’autres architectes, créatifs ou professionnels de secteurs variés. Au-dessus de son bureau, soigneusement ordonné, un grand cadre attire l’attention. Le dessin représente un hôtel de luxe cinq étoiles, concours d’idées du Luxury Bleisure Hotel competition, qui lui a valu le prix Création et Innovation de l’Arca International en 2016, en collaboration avec Bertrand Chapus, architecte. « Le sujet consistait à imaginer un espace hôtelier de luxe pouvant accueillir en même temps une clientèle d’affaires et une clientèle d’agrément », détaille la lauréate.

Un coup d’œil rapide sur la montre, il est l’heure d’aller chercher ses enfants au collège et à l’école, tout proche du bureau. Nous l’accompagnons. Casque léger avec visière et sac à dos ultraplat en main, elle sort son vélo cargo trois places, blanc électrique. L’air du temps est à la mobilité, l’écologie et le design. Premier coup de pédale et bonne allure, à l’image de cette parisienne toujours en mouvement. Peu à peu, les rues de la capitale s’imprègnent de l’obscurité hivernale, arrive enfin le moment de conclure notre entretien. A quel stade d’évolution en êtes-vous dans votre pratique en architecture ? Pour celle qui a toujours beaucoup travaillé sur la fluidité des espaces et les jeux de lumière, l’architecte-designer est désormais à une étape charnière. « Aujourd’hui, je cherche à développer davantage de sensibilité artistique, avec plus de couleurs, de liberté et de vie. L’architecture est quelque chose de vivant ! ».

Crédits :

Réalisation / Cédric Martinelli

Directeur photo / Sandro Salomone

Journaliste / Christophe De La Mure

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